Meissa Maty Ndiaye : un humaniste, un poète et un héraut des valeurs universelles

On peut questionner le parcours du pédagogue et de l'homme engagé socialement, que j'ai connu il y a près d’un demi-siècle, au cœur du Cayor. Un seul repère suffit pour enclore, dans une même définition, l'humaniste et  le militant des valeurs républicaines. Il a eu l'heureuse initiative, lorsque nous nous sommes retrouvés, par un heureux concours de circonstances, au ministère de l'éducation, rue Thierno Hachyimou Tall, à Dakar, l'idée noble de convier à la création d'un groupe de réflexion sur les valeurs. Lui-même s'en est expliqué bien plus tard :

"En 1995 une quarantaine d'intellectuels du Sénégal ont répondu à mon appel de création d'un cercle de solidarité et d’actions humanitaires (C.E.S.A.H.) Un constat a été que les valeurs républicaines prônées n'étaient pas respectées dans la pratique. Et pourtant leur application ne pouvait que générer des individus justes, véridiques, solidaires, respectueux, modestes, généreux et patriotes pour une société plus humaine."

Évoquer ce moment, correspond, pour moi, à la dimension sociale et philosophique de sa pensée, car il s'agit bien d'une démarche cohérente adossée à un fond éthique qui sublime les origines revendiquées d'un homme qui ne s'est jamais renié. Ce poète humaniste est inspiré autant par les Muses latines que par le génie ancestral. Ce qui frappe d'emblée, chez cet auteur, c'est l'aisance créative, naturelle, native qui fait de chaque poème un jet, un acte unique de langage. L'acte de création définit ce faisant le statut « auctorial » bien habité du poète de "Lumières ORANGES ". Ainsi, le sujet de la création, l'auteur, affirme sa singularité dans l'expression de ses idées et de ses émotions, en faisant de sa poésie un moyen d'engagement social et humain, qui place la femme et la famille au premier rang de ses préoccupations thématiques.

Le processus créatif, chez Meissa Maty Ndiaye, révèle l’exigence de faire vivre, dans des formes adaptées et un style particulier, le vécu de ses contemporains. C'est en cela qu'il est un promoteur de l'humain que rien de ce qui est humain ne laisse indifférent. Son écriture poétique est à la fois constative (ex: "Mi-nue mi vêtue", p. 31), injonctive (ex : "Richesses de l'homme", p. 41), suppliante parfois (ex: "Pigeon-voyageur", p. 27) et interpellative au sens non pénal ("La boîte à images", p. 29), entre autres caractérisations qui montrent l'aspect foisonnant de son expression. Si je devais dire de manière succincte quelques mérites de l'écriture poétique de MMN, mon intérêt porterait surtout sur ce que je nommerais une poétique de l'interpellation, adressée à ses contemporains, ainsi qu'aux héros de notre histoire nationale.  L'étude du mécanisme interpellatif qui repose sur les faits actuels et mémoriels suffirait, à elle seule, à révéler le statut original de l'auteur du recueil "Lumières ORANGES »*. Son art ne cultive pas la véhémence, elle promeut parfois même, subtilement, une forme de silence apaisé, sur le destin humain ("Ila le mendiant", p. 45), une distance émotionnelle, pendant que les cœurs battent au diapason, ce qui traduit une forme délicate de la communication littéraire. Car derrière chaque silence se joue, peut-être, une souffrance dissimulée ou un drame vécu intérieurement. Le silence d'un Dieu à la fois présent et caché, figure d'un écart symbolique, exprime en surplomb, dans ses textes poétiques, la marque du sacré. L'humanité se trouve alors insérée dans trois dimensions qui circonscrivent sa conception du relationnel. Le culte des hommes au nom de l'humain, dans ce recueil de textes compilés, recoupe ainsi la notion de charité dans les religions révélées, c'est-à-dire une sorte d'ouverture au don désintéressé. Ce deuxième axe se déploie comme recommandation adressée aux hommes, pour la sauvegarde de l'environnement, en vue d’une protection vitale de l'élément végétal, conçu comme cadre et condition de leur survie. Mais le tout repose sur des valeurs fortes, celles des hommes face à Dieu, dans l'humilité et implorant Son pardon.

La poésie de Meissa Maty Ndiaye, fruit d’une inspiration nourrie des êtres vivants et des objets de son univers familier, s'élève également à l'exaltation de valeurs universelles héritées des religions monothéistes. On sent, avec cet écrivain de grande sensibilité, qui crée également dans sa langue maternelle, la présence éternelle de Dieu. Car ne l'oublions pas, ce poète original est profondément croyant, et la foi est, chez lui, un vécu intérieur, une identité tue, mais qui brise les mots et touche les cœurs.

* Lumières ORANGES, Dakar, NEAS, 2026.


Pr. Birahim Madior Thioune