L’institution scolaire doit travailler à mettre l'éducation de la jeunesse au diapason de l'évolution des modèles sociaux. Elle ne peut être coupée de l'esprit de progrès et de paix, sans quoi elle perdrait le sens de sa vraie mission d'humanisation. C'est pourquoi, à chaque question que pose la société, l'école doit apporter une réponse pédagogique. Elle pourra, dans le cas qui nous préoccupe, se pencher sur la valeur documentaire des récits, de même que sur les précautions à prendre pour demeurer dans la stricte neutralité, mais surtout s'évertuer à ne considérer que le vieux fond des valeurs humanistes, tout en restant dans des choix de repères objectifs.
Sur l'acte de création
Il peut être intéressant de mettre au cœur de l'analyse des récits de type religieux, la question de l'éthique. Car l'ethos (l'image de soi) du créateur est bien présent dans son écriture et constitue le pendant excessif ou modéré de celui de l'acteur auréolé de sainteté. C'est cette rencontre, de la création et de la restitution/représentation, qui situe les enjeux de l'acte créatif d'écriture ou de production d'énoncés oraux ; et qui inscrit la place du collectif dans sa propre énonciation. Ce qui veut dire que le sens est co- et (re)produit collectivement et cumulativement, avant de se dissoudre dans les archétypes ou modèles représentatifs.
Loin des dérives
Aussi, pour "sauver" le sens, une herméneutique des récits religieux doit-elle nécessairement inclure, dans ses processus de vérification, des démarches d'insertions d'éléments de type coranique et traditionnel ou biblique. L'objectif visé étant d'encadrer les dérives interprétatives, amplifiées par les réseaux sociaux, comme l'assimilation d'un Saint à Dieu (excès dénoncés par Cheikh Mountakha Mbacke, guide des Mourides, disciples de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké). Évidemment, on mettra dans le même registre l'assimilation de faits religieux authentiques à des variantes locales, la production de récits apocryphes, à des fins purement idéologiques, pour ne pas dire propagandistes. Il faut seulement retenir que, dans le champ herméneutique, le récit hagiographique ne peut, dans son essence subtile, entrer en opposition avec les textes dogmatiques.
Rester dans l'ordre de l'humain
L'enseignement des existences religieuses sanctifiées ou exemplaires, dans le système scolaire, doit tendre vers une certaine neutralité, excluant les approches purement disciplinaires, au profit, par exemple, de l'entrée par les valeurs et par les activités concrètes. La voie la mieux indiquée c'est alors, au-delà de l'énoncé des valeurs, d'insister davantage, à l'école, sur ce que ces figures religieuses ont fait plutôt que sur ce qu'elles ont dit ; sur leurs vécus pratiques plutôt que sur leurs sermons et homélies. Le versant ésotérique devra alors être expliqué métaphoriquement, au besoin, pour ne garder que ce qui relève du bon sens, retenu par consensus et dûment établi. Descartes, lui-même, connu comme le père du rationalisme en Occident, n'avait pas résolu des questions comme la connaissance par d'autres voies que le raisonnement hypothético- déductif, impuissant à rendre compte de Dieu et de la vie de l'âme qui sont au centre des préoccupations religieuses. Il ne s'agit donc pas de nier des faits, ou leurs statuts symboliques, mais bien de s'éloigner des représentations populaires, pour illustrer des valeurs d'universalité.
Définir des critères symboliques
On le sait, les récits oraux ont souvent donné des attributs surnaturels ou divins aux grands guides religieux ou saints de toutes confessions. Dans cette optique, évidemment, le récit oral doit être finement et rigoureusement questionné, puisqu'il est le véhicule normal des énoncés hérétiques. De même, l'enseignement des actes de langage et des faits engageant le mystère, ne peut être envisagé qu'en relation étroite avec le niveau de maitrise symbolique des apprenants ou mis en relation avec les codes interprétatifs de l'exégèse, rapportés à la théologie, à l'histoire et à la philosophie religieuse.
Peut-être devra-t-on mettre en avant les exemples susceptibles d'inspirer les attitudes citoyennes et l'activité créatrice. Le pédagogue américain J. Dewey a laissé, dans l'histoire de la pédagogie, une expérience inspirante d'école allant dans ce sens. Car, pour lui, il s'agit d'apprendre pour agir sur son milieu : "learning by doing". Au Sénégal, l'expérience citoyenne vécue par les communautés religieuses, impulsée par des figures exemplaires dans les domaines culturel, économique et social peut constituer le fondement d'une coexistence paisible, gage d'un développement harmonieux. En tout cas, on retiendra l'idée fondamentale d'engagement communautaire soutenu par le principe d'intérêt, dans la réalisation de projets communs socialement utiles.
Il s'agit, en somme, de privilégier une visée humaniste adossée au respect des codes symboliques, dans un contexte où l'outil technologique et l'Internet défient l'institution éducative. Ce qui revient à dire, sur un autre plan, que la vraie solution aux écarts est moins la sanction pénale que la réponse éducative adaptée.
Prof Birahim Madior Thioune