Hommage au Pr. Moussa Daff

J'ai connu Moussa Daff, il y a un demi-siècle, dans son propre milieu d'origine, le Fouta Toro ancestral. Je découvrais alors un serviteur dévoué à la tâche, comme la plupart des instituteurs de l'époque, caractérisés par le goût du travail et une sorte d'engagement patriotique sans faille.

Puis, il m'est apparu, plus essentiellement, comme un homme plein d'empathie, dont le sens du relationnel forçait l'admiration et le respect. C'était un esprit alerte qui, dans la langue wolof, médium le plus répandu au Sénégal, savait jouer avec les mots et sur les mots, tordre le mot, le presser, en tirer un sens profond, le rattacher à ses racines oubliées.

Homme courtois, il avait la capacité de garder des rapports apaisés et amicaux avec tous ; et en médiateur consommé, de réchauffer les relations menacées ou minées par l'adversité. L'homme qui nous a quittés avait cultivé le mot d'esprit à un niveau de facilité incomparable, mêlant à la fois l'allusion, la dérision, la contrepèterie et le calambour, pour susciter le rire amical, une ambiance décontractée et franche. Pour avoir professionnellement approché très tôt l'enfance, il a sûrement compris les vertus d'une méthode enjouée. Je crois qu'il pratiquait, dans la vie quotidienne, sans l'avoir théorisé, ce qui pourrait représenter son legs méthodologique, dans la relation maître/élève, une pratique qui inclut rigoureusement les formes ludiques et le travail sur les mots, dans le style anagrammatique.

Aujourd'hui, l'université perd, en la personne du Pr. Moussa Daff, un infatigable chercheur, reconnu même hors de son pays, souvent sollicité et convié à la table savante des universitaires de haut rang.Son service pour l'éducation et la formation a culminé dans des tâches d'édification d'un système scolaire nouveau, par un travail immense sur les langues nationales du Sénégal. si je voulais résumer, je dirais : un homme au service de l'école et de l'université ; un esprit méthodique d'une généreuse fécondité. Mais son mérite va bien au-delà et personne ne me pardonnerait de ne pas mentionner sa présence dans la communauté.

Son trait de caractère dominant était la générosité dans le don des connaissances, un être affable distribuant son sourire, son rire communicatif et ses bienfaits en aides discrètes et désintéressées devant les misères matérielles, ou certaines détresses sociales. Ainsi, sa piété bien connue révélait le moment le plus intense d'un acte d'adoration global, au bénéfice de l'autre.

Le Professeur Moussa Daff restera longtemps dans nos mémoires, parce qu'il est passé par là porte du cœur, pour délivrer un message de grandeur et de paix. Voilà l'homme tel que je l'ai connu !

  Birahim Madior Thioune