Qu'est-ce que je retiens de ce grand Sénégalais ? Un homme de caractère, d'une stricte rigueur dans ses paroles comme dans sa conduite. C'était un homme d'honneur, le prototype de "l'honnête homme" tel que le définit Abdoulaye Sadji, nourri sans cesse des traditions d'abnégation et de dignité du Sine, son terroir d'origine. En somme, il avait gardé ce qu'il y a de meilleur dans notre patrimoine culturel commun.
J'ai connu deux Madior Diouf réunis en un seul métal : le syndicaliste rigoureux jusque dans l'écriture des documents de l'organisation et un professeur méticuleux, soucieux de clarté et de précision des informations littéraires soutenues, dans leur formalisation, par l'esprit de taxonomie.
C'est ce latiniste formé à bonne école, ce pédagogue éprouvé que j'avais choisi comme dédicataire d'un ouvrage ainsi intitulé : Aminata Sow Fall romancière - L'écriture en abyme, (L'Harmattan 2021). Je rappelais à cette occasion son précieux concours dans la formation de l'élite de notre pays et ses qualités d'enseignant pétri de rigueur et de responsabilité.
Il était l'un des rares à parler encore la langue de Molière, avec ses exigences classiques de sobriété, d'équilibre et de clarté à la fois. Visiblement , il se préoccupait de penser son discours au moment de son déploiement, avec esprit et humour plaisant. Parce que le Professeur Diouf était un orfèvre de la langue française qu'il savait manier, avec beaucoup de subtilité réfléchie, donnant même cette impression de lenteur, parfois érigée en style oratoire propre.
Un homme de valeur s'en est allé ou plutôt nous est resté, tout compte fait. Car ce gardien éclairé des formes et des contenus exacts n'avait cessé, durant toute une vie d'homme de bien, de donner les meilleurs exemples et la voie à suivre. Il est symboliquement révélateur et hautement prémonitoire que, celui qui se promettait de balayer les recoins de la République parte, après avoir insufflé sa foi patriotique à la nouvelle génération.
Birahim Madior Thioune