Comme Daniel dans la fosse aux lions
Essai d'interprétation du discours du P M M. Ahmadou Al Aminou Lô

Assemblée nationale du Sénégal

Dakar, le 08 septembre 2026

Il arrive dans l'hémicycle avec la conscience du risque d'affronter une assemblée hostile et préparé à l'affrontement brutal, comme lui-même assure l'avoir prévu. Le courage, la politesse, le souci de vérité et de clarté, la maîtrise des moyens de sa présentation seront ses principales armes. Sa démarche repose sur une sorte d'astuce rhétorique consistant, au départ, à épouser toutes les orientations du projet proposé aux Sénégalais et à ne rien renier. Ce piège dialectique consiste à détourner les positions hostiles vers ceux qui les émettent, puisqu'ils sont eux-mêmes parties prenantes de ce projet vendu au peuple.

Il pose donc au départ un traquenard méthodologique, en déplaçant le point de focalisation. A telles enseignes que se moquer de ses engagements reviendrait à donner le même sort à ceux de son prédécesseur. Pour le reste, c'est le rappel périodique de sa longue expérience de quarante ans, dans les institutions financières et une éblouissante utilisation des données chiffrées qui s'en chargeront, comme on le verra.

La méthode d'exposition part du général au particulier. M. Ahmadou Al Aminou Lô convoque son histoire personnelle et la grande histoire collective qui dépasse les contours de la nation et se prolonge à l'international. Il fait, se faisant, du détail expressif une sorte de point pivot. En réalité, il ne change pas le jeu dialectique, il choisit un terrain sécurisé, outillé d'armes rhétoriques renforcées par des données chiffrées fiables. Même les formules en forme de punchline ou de proverbe sont bien choisies, pour marquer les esprits, en associant, comme dans une épreuve d'animation de groupe, les fonctions informative et récréative, en vrai pédagogue expérimenté à l'œuvre.

Le constat pessimiste (du 4e au 5e sous-sol), est brandi comme l'expression d'une donnée factuelle, mais avec des actes de langage qui expriment la perspective du redressement, les mesures fiscales nécessaires, ainsi que des raisons d'espérer. Tout cela renvoie à une autre façon de gouverner qui autorise la projection sur un avenir radieux, reposant sur l'obligation de payer d'abord sa dette intérieure.

Le Premier ministre a débattu en toute responsabilité, en homme de grande sérénité, qui a le courage de prendre des engagements et de les partager dans les limites permises par la fonction et les circonstances. Il propose des indicateurs qualitatifs et quantitatifs structurant chaque engagement, c'est-à-dire une sorte de décompte économique détaillé sur chaque outil de mesure (exemple : le nombre de lits, l'espace pour chaque détenu, etc., dans une prison). Il a assuré l'Assemblée, la main sur le cœur, de l'impossibilité de changer le référentiel de base "Sénégal 2050" qui appartient désormais à tout le peuple. Le propos est clair et sans aucune ambiguïté : ce qui change c'est la manière ; l'orientation générale et le but visé demeurent.

On retiendra que pour matérialiser ces ambitions proclamées d'équité sociale, il faudra certes partir de chiffres et d'indicateurs pertinents, mais il sera surtout indispensable de s'appuyer sur une éthique de responsabilité personnelle et collective. A partir de ce socle, l'espoir d'un Sénégal nouveau se réalisera sur la base d'une rationalisation bien pensée des dépenses publiques. Il n'y a donc pas de rupture dans la rupture, puisque l'esprit du projet est sauf.

Pr. Birahim Thioune