On apprend presque chaque jour, dans la presse, des informations concernant des coachs ou des joueurs d'équipes défaites en Coupe du monde, qui brisent le silence pour expliquer ou justifier telle performance ou tel insuccès. Dans le discours de presse. apparaissent souvent des énoncés du genre :
- "Pape Thiaw le coach sénégalais sort de son silence ", pour évoquer quelques aspects des problèmes vécus au sein de la tanière.
- "CDM : Vinicius Jr sort du silence après l'élimination du Brésil".
Pour rappel, Vinicius Jr, une semaine après la défaite du Brésil, en 8es de finale de la Coupe du monde, est en effet sorti de son silence pour présenter ses excuses au peuple brésilien.
Mais prenons maintenant pour référence des auteurs du patrimoine français. Le silence est, par exemple chez Michel de Montaigne, un refuge pour stimuler la créativité. François Rabelais conçoit, pour sa part, le silence comme un moyen de règler le problème d'une certaine impuissance du langage ou des mots, à exprimer pleinement le sens. Cette incapacité de la parole légitime le recours au corps et aux gestes, dans les échanges interindividuels. Le langage des signes donne alors les clés et offre l'occasion d'une expression silencieuse du sens, par le corps et la gestuelle. C'est précisément ce qui est décrit de nos jours, chez certains analystes du discours, comme une démonstration de l'inefficacité de la parole, la tentative désespérée de son remplacement obligé, par les gestes.
Dans la perspective rabelaisienne, le langage des gestes permet de combler cette inaptitude du langage à exprimer, dans leur clarté et leur subtilité, les pensées les plus profondes. C'est tout le sens, dans Pantagruel, par exemple, de la scène de pantomime, entre Panurge et Thaumaste le philosophe anglais. Devant ce sentiment de ne pouvoir se faire comprendre, dans notre expérience concrète, et le malaise qu'il crée, il y a donc le recours au jeu, parfois hasardeux, de l'interprétation. Mais c'est là que s'opère, précisément, une plus grande possibilité d'exploration intime du sens, dans l'optique d'un moderne bien connu, Jacques Lacan, en l'occurrence.
En dehors des aspects purement théoriques, mon texte de communication, proposé au Colloque de l'Association internationale de la critique littéraire (AICL) et intitulé "Éloge du silence" prend en charge des considérations relatives à la poésie française et sénégalaise, ainsi qu'au haïku japonais qui m'a inspiré un recueil avec le titre "Petits poèmes du dimanche pour les écoliers" (Amazon, 2025).
Fait à Tours le 17/07/2026
Pr. Birahim Thioune
