Dakar, jusque dans les premières années d'indépendance, comptait des usines en pleine ville et dans la périphérie, pour le raffinage de l’arachide sur le site Pétersen, du nom de l’industriel éponyme Danois (production d’huile brute, tourteaux et savon) ; pour la transformation du blé, dans le quartier Hann Bel-Air, etc. Mais Dakar avait une autre particularité : l'existence d'un parc forestier et zoologique dans le quartier périphérique de Hann (une soixantaine d’hectares). Le Parc forestier (pépinière et jardin public) est créé en 1903, sur un espace de zone de captage à l'origine. Il était apparu comme un merveilleux moyen naturel de purification de l'air, surtout à l'époque où Dakar sentait l'arachide grillée et le chocolat.
Le Parc zoologique, ajouté en 1950, était visité par la population de Dakar de l'époque post coloniale, par les scolaires en particulier, pendant la première décennie de l'indépendance nationale du Sénégal. Ce que ce parc animalier, qui associe urbanité, culture et écologie, m'inspire aujourd'hui, c'est une mobilisation urgente et un élan national, pour la sauvegarde du bien-être des animaux enfermés, qui n'ont plus la latitude de subvenir, eux-mêmes, à leurs propres besoins alimentaires et, par ailleurs, pour la préservation de cet environnement naturel. Pensons, par exemple, à l'idée d'un téléthon en faveur de ces animaux en cage et incapables d'aller chasser, comme le commande leur instinct, on peut dire leur « identité ». Pensons également, et surtout à l'organisation d'un environnement culturel, où la jeunesse pourra venir réapprendre les vertus traditionnelles culturellement attachées aux animaux de la forêt et de la savane.
Le Président Senghor a rénové, pendant son magistère, dans le même espace environnemental, le Parc forestier, créé en 1943, qui constitue un milieu naturel au cœur de la capitale du Sénégal, rappelant par ailleurs le Jardin des Prébendes d'Oé, à Tours (France), que Senghor, alors professeur au Lycée Descartes, a beaucoup fréquenté, pendant ces années tourangelles (1935-1938), et auquel il a même consacré un poème. Le Président poète a cherché à établir une relation étroite entre l’idée de la préservation de cet environnement utile, en rapport avec son urbanité, et celle de la respiration de la capitale comme cadre de vie moderne.
L'homme de lettres avait développé très tôt, au temps de son enfance où il parcourait les bolongs (mot de la langue mandingue désignant un cours d'eau) et le cadre végétal du Sine de ses toutes jeunes années. Le président, « jardinier » ou passionné de jardinage à domicile, en Normandie, pendant ses vacances, aimait également passer ses week-ends à Poponguine ou au Parc de Niokolo Koba où il avait un cabinet de travail, au milieu de la nature. On voit bien ainsi le rapport à la nature de l'immense Poète président, selon sa préférence. Sa conscience environnementale s'est traduite, dans les faits, par la création de nombreux Parcs nationaux (Niokolo koba, Djoudj, Iles de la Madeleine, Delta du Saloum, Langue de Barbarie). On peut dire alors, logiquement, que la sensibilité poétique, avec le Père de la nation sénégalaise, au-delà de sa fonction de ressources intellectuelle et émotionnelle, se décline comme art de la réparation des fissures morales et psychosociologiques, mais plus concrètement, se déploie comme création de lieux de mémoire ou de conservation du patrimoine écologique et de l'écosystème environnemental.
Pr. Birahim Thioune
