SOUS LE SIGNE DU SILENCE
Lecture scolaire silencieuse

La lecture silencieuse en classe (de l’école primaire ou du secondaire) doit être un temps pour sonder les savoirs et les émotions de l'élève. Bien comprise, elle représente une activité de grande intensité réflexive et émotionnelle. Elle a pour objet d’introduire un groupe de jeunes enfants dans un monde d'idées et de sentiments humains. N'est-ce pas la meilleure façon de les préparer à vivre intellectuellement et émotionnellement une histoire, une mésaventure, un drame humain ? Ce moment de « confrontation » avec un texte est en fait un précieux outil, pour inviter d’abord séparément les membres d’un groupe d'élèves à plonger dans un récit, à l'explorer sommairement, avant de se soumettre à l'exercice plus complexe de partage collectif d'idées et de sentiments.

Chaque écolier, chaque élève possède  les mêmes registres universels de perception, qui ont le pouvoir de colorer les représentations partagées, sous la férule d'un maître, dans l’exercice d'exploration d'un univers textuel. Ce qui est merveilleux, c’est l'état de fascination pour des idées et des couleurs, une expérience perceptive où tout un groupe se trouve, en même temps, relié et séparé, dans une étape cruciale de la compréhension d'un espace textuel de pensées, de sentiments et de valeurs. Là, se trouve l'utilité de la lecture scolaire silencieuse qui doit être, avec ou sans l'impulsion première du maître, un moment de fructueuse incursion dans le monde créé du texte.

Observons l'élève qui est bien entré dans son texte (récit, narration ou poésie) : il se parle, chuchote, exprime corporellement un vécu intérieur. C'est la preuve qu'il est pris dans la magie d'un moment d'échange avec l’objet texte et avec lui-même (interrogeons-nous d’ailleurs, ici, sur la place de l’analogique dans cette pratique). Un bref moment d'écrit personnalisé pour l’élève, avant le contrôle de lecture et la fameuse « lecture magistrale » visant à instituer un modèle (avatar dogmatique d’une vieille tradition), serait bien venu : juste le temps de placer, lui-même, dans une grille à entrées multiples, des mots exprimant des idées, des émotions, des couleurs, des bruits et des senteurs. Je ne pense pas qu’il soit de bonne méthode d’enchainer de façon quasi mécanique les moments clés de la démarche d’une expérience de lecture, dans la discipline dédiée et même en séance d’initiation scientifique portant sur le milieu, l’environnement ou le climat.

à suivre.

Pr. Birahim Thioune