L’affaire Orélien (Suite et fin)

Quel illustre écrivain africain ou antillais a échappé d'ailleurs à cette forme de critique, heureusement à une époque où il n'existait pas les armes destructrices des médias et réseaux sociaux. On a reproché à Senghor d'avoir imité le style de Alexis léger dit saint-John Perse, qu'il déclare lui-même avoir découvert tardivement, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Il peut donc arriver que deux auteurs expriment simultanément une idée ou découvrent la même chose, sans s'être jamais rencontrés.

Or donc pour être plus crédible, il faut que ce faux-monnayeur de Thélyson Orélien prenne les traits d'un auteur sans vergogne qui confie, sans le dire, son métier si rude à une machine. C'est une activité illégale de plagiat d'un autre ordre, consistant à piller, dans l'anonymat le plus total, les œuvres d'auteurs qui ont sué sang et eaux, pour s'acquitter honorablement de leur métier d'écrivain. Et le tour est joué. L'accusé ne pourra pas se relever de sa lourde peine, suite à un double délit habituel de plagiat et d'usage non autorisé de l'IA pour la création littéraire.

Orélien est d'abord un maître de l'humour sous toutes ses formes. En faisant raconter par des personnes réelles leurs vécus de l'aventure migratoire, avec les mots les plus ordinaires, dans une langue totalement libérée, il choque et amuse. Les scènes qu'il raconte sont le "brut" (en langage audiovisuel) des récits recueillis. En fait, ce qui est insupportable pour son lecteur préoccupé de règles de bienseillance, c'est la vulgarité des mots, leur caractère nu parfois ordurier, détaché des conventions langagières d'une société policée. Le rire permanent du héros dans toutes les situations, même les plus tragiques, donne une idée de l'atmosphère des rencontres où se racontent "sans filtres" des histoires crues.

(Suite et fin)

Pr. Birahim Thioune