Si la machine a les capacités de reconnaissance de ce qui n'est pas l'intelligence humaine et de datation d'actes frauduleux et de données factuelles, alors commençons par remonter le temps de la création dans tous les domaines. Auquel cas, on le voit bien, même ceux qui ont écrit avant l'avènement de la certification par l'intelligence Artificielle, ne sont pas totalement assurés de sortir indemnes de l'exercice.
Le meilleur moyen de prouver, sous certains rapports, son manque de crédibilité (car c'est le seul combat qui importe), c'est de la soumettre elle-même à des tests statistiques, qu'elle ne pourra déjouer qu'en affirmant au grand jour son caractère approximatif.
Le bruit autour de la condamnation du roman de Thélyson Orélien réveille en moi un vieux souvenir d'instituteur, touchant l'enseignement d'une discipline mathématique, appelée alors arithmétique : le fameux procédé du "tant pour cent". Appliquons de façon basique cette opération du "tant pour cent". Cela veut dire qu'il n' y aura pas de différence, dans le cas d'espèce, entre 20%, 40 ou 90%, puisqu'il n'y a ni petite erreur comme il n'y a pas, dans ce domaine, de gros ou de petits actes illicites. Considérons alors le taux le moins élevé et soumettons l'outil, à rebours, à toute la production afro-antillaise. Ce sera un moyen simple et probant de tenir en échec cet enfant précoce de l'intelligence humaine.
Mais pour être moins terre à terre, rapprochons-nous de l'univers des algorithmes, en questionnant ce qui semble être le fondement et l'unique point d'appui des verdicts de la machine. Il s'agit en fait, ici, d'un outil de vérification encore à ses balbutiements, qui n'a donc pas encore suffisamment fait ses preuves et qui ne livre que des indices, un mot qui d'ailleurs est né de la fabrique de la preuve, par l'intelligence humaine. Ne nous laissons pas abuser par cet instrument qui nous "instrumentalise", en nous laissant nommer et énoncer les choses à sa place. Cette opération intellectuelle est aussi passible de condamnation que ce qu'elle prétend dénoncer comme faux et illicite. Car plagiat et génération par l'IA relèverait d'une même pratique, si l'on considère le fait de partir du "déjà là"sans signaler l'emprunt. Le problème qui se pose donc, c'est celui de la fiabilité de l'évaluation par lA. Il y a un flou méthodologique qui préside à l'établissement de la preuve : quelle Méthodologie ? De quelle nom de science ? De toute façon, nommer par un prénom humain cette intelligence ne fait, au contraire, que lui retirer toute puissance au-dessus de l'humain, cet humain qui lui donne d'ailleurs tout son pouvoir.
En tout cas, ce procès, paradoxalement, semble revêtir la forme d'un événement à caractère moralisateur et exemplaire. Il pourrait sans doute décourager les "Faux- monnayeurs" des lettres (s'il en existe au sommet de la compétition mondiale) et aiderait mieux à faire reconnaitre l'effort et le mérite.
(A suivre)
Pr. Birahim Thioune
